Je ne veux plus y aller Maman – un film de Antonio Fischetti

Une auto-psychanalyse déjantée pour chercher des réponses, à la fois intimes et universelles, sur le pouvoir des images liées au sexe et à la religion.”

 

Je suis journaliste à Charlie Hebdo.

Il y a une dizaine d’années, j’étais fasciné par les prostituées, et j’ai commencé à tourner un film autour de cette image qui m’obsédait. Cela m’a conduit à rencontrer la psychanalyste Elsa Cayat, bien avant qu’elle ne devienne chroniqueuse chez Charlie.

Avec Elsa, nous parlions de Momo, la prostituée que j’avais rencontrée pour ce film. Elle m’expliquait que les images sexuelles me fascinaient car elles avaient quelque chose à voir avec l’image religieuse.

 
Quoi? Moi qui me croyais athée, je cherchais donc Dieu dans le sexe?  
Si les dessins de Charlie m’excitaient tant quand j’avais dix ans, était-ce lié à mon éducation religieuse où le sexe était tabou ?

Etait-ce l’image de la vierge je cherchais derriére celle de la putain?

Tout cela me taraudait véritablement et résonnait avec ce que je vivais chez Charlie.

Au fil des ans, j’ai vu les tabous évoluer. Avant, c’étaient les images sexuelles qui scandalisaient, aujourd’hui ce sont les images religieuses qui condamnent à mort.

Et le 7 janvier 2015, comme Elsa et les autres j’aurai dû mourir. Alors, quand j’ai entendu le monde entier dire : « je suis Charlie », je me suis demandé : c’est quoi être Charlie pour moi ?

Cette question ravivait mes entretiens avec Elsa.

Le moment était venu de revisiter ces rushes tournées, et jamais montés. En les revoyant aujourd’hui, je mesure combien le message d’Elsa éclaire celui de Charlie. Le poids des images religieuses a pris, plus que jamais, une dimension politique.

Comment relier ces échanges d’hier au présent et reprendre cette quête inachevée car aujourd’hui, Elsa et Momo sont toutes deux décédées ?

Eh bien, je compte filmer d’autres personnes – psychanalystes, religieux, dessinateurs… – tout en continuant cette introspection déclenchée par Elsa.

Quelles sont les images qui emprisonnent et comment s’en libérer?  Comment trouver sa voie, entre sexe et religion, entre image fantasmée et réalité ? En quoi cela nous concerne tous ?

Telles sont les questions, à la fois intimes et universelles,  que je vais poser en prolongeant cette quête.

Présentation d'Antonio Fischetti

 

Entre Charlie et moi, c’est une longue histoire. Au début des années 1970, j’y ai découvert à la fois une sexualité transgressive et une littérature joyeuse et libératrice. Wolinski, Reiser, Choron, Gébé, et Cavanna étaient mes pères spirituels.

Au départ, rien ne me prédisposait à devenir journaliste à Charlie. J’ai suivi des études de physique. J’étais surtout intéressé par les sons, ce qui m’a mené à un doctorat d’acoustique, puis à l’enseignement de cette discipline dans des écoles de cinéma.

Par goût pour la diversité et la communication, je suis devenu journaliste scientifique. Mais j’avais surtout envie d’aborder la science sous un angle social, politique, et personnel. Pour cela, l’espace idéal était  la rubrique scientifique de Charlie Hebdo. C’est ainsi que j’y suis entré, en 1997. Sans l’avoir jamais prévu, j’étais devenu le collègue de mes idoles d’enfance.

J’y rédige chaque semaine la rubrique « l’Empire de sciences », dont les chroniques ont été publiés dans plusieurs recueils : « Charlie ramène sa science » (avec Guillaume Lecointre), « L’empire des sciences », et « Charlie au Labo » (illustré par Faujour).

J’ai  noué une collaboration plus étroite avec certains dessinateurs,  en publiant des livres avec eux : avec Honoré (« La symphonie animale », sur les sons des animaux),  Tignous ( « Charlie saute sur les sectes », qui raconte nos aventures avec les gourous), Kamagurka (« Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain » sur le comportement humain), et Charb («  L’angoisse du morpion avant le coït » et « Eternuer dans le chou-fleur »,  sur le sexe et ses expressions à travers le monde). Avec Elsa Cayat, nous avons publié nos entretiens sur les enjeux psychiques de la sexualité dans « Le désir et la putain ».

En plus de l’écriture, je n’ai pas oublié mon intérêt pour le son et l’image. Je l’exprime en réalisant des reportages pour ARTE Radio, et en animant des émissions scientifiques pour RFI.
J’ai aussi écrit et réalisé plusieurs films sur la communication des animaux. Je suis co-auteur de la série « La symphonie animale (Arte), et pour la Cité des sciences ou le CNRS Images, j’ai réalisé de nombreux films sur les animaux  : chats et chiens (série « Les yeux dans la truffe »), morses  («  Bonjour les morses » , primé au festival du film d’aventures de Dijon et au festival du film de montagne d’Autrans), caïmans, oiseaux, baleines…

Malgré les apparences, il y a une cohérence dans ce parcours. Ce n’est pas un hasard si les deux thèmes que j’ai le plus traités sont le sexe et la communication. Au fond, il y là-dessous  le même enjeu  : le rapport à l’autre.
Et c’est dans la même continuité que s’inscrivent les thèmes que j’aborde  aujourd’hui dans ce film : sexe, religion, images et langage. Et ce n’est non plus un hasard, si ce sont les mêmes enjeux qui ont accompagné ma relation intime avec Charlie, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.

Antonio Fischetti

Une campagne de crowdfunding va nous permettre de financer la fin du tournage et le montage du film

Pour y participer et découvrir les nouveaux éléments qui seront mis en ligne régulièrement rendez-vous sur ces liens :

 

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