Je ne veux plus y aller Maman – un film de Antonio Fischetti

Une auto-psychanalyse déjantée pour chercher des réponses, à la fois intimes et universelles, sur le pouvoir des images.”

J’ai échappé à l’attentat contre Charlie du 7 janvier 2015 par la grâce d’un concours de circonstances saugrenues. Depuis, je suis devenu l’un des trois plus anciens journalistes de ce journal, porte-parole et icône improvisée de la liberté d’expression si mondialement commentée.

C’était un rôle mal taillé pour moi que de devoir porter cette mémoire…

Parmi tous mes camarades morts, j’étais particulièrement lié à Elsa Cayat, la psychanalyste fantasque, qui tenait une rubrique dans le journal, nous avions même commencé un film ensemble, sous forme d’entretiens.

Alors l’onde de choc passé, avec les images d’Elsa comme guide, une quête intime s’est imposée à moi pour tenter de recoller les morceaux de mon histoire fragmentée par ce drame.

C’est une introspection tout à la fois sérieuse, décousue et fantasque, fortement liée au pouvoir des images et à mon lien à ce journal.

Présentation d'Antonio Fischetti

 

Entre Charlie et moi, c’est une longue histoire. Au début des années 1970, j’y ai découvert à la fois une sexualité transgressive et une littérature joyeuse et libératrice. Wolinski, Reiser, Choron, Gébé, et Cavanna étaient mes pères spirituels.

Au départ, rien ne me prédisposait à devenir journaliste à Charlie. J’ai suivi des études de physique. J’étais surtout intéressé par les sons, ce qui m’a mené à un doctorat d’acoustique, puis à l’enseignement de cette discipline dans des écoles de cinéma.

Par goût pour la diversité et la communication, je suis devenu journaliste scientifique. Mais j’avais surtout envie d’aborder la science sous un angle social, politique, et personnel. Pour cela, l’espace idéal était  la rubrique scientifique de Charlie Hebdo. C’est ainsi que j’y suis entré, en 1997. Sans l’avoir jamais prévu, j’étais devenu le collègue de mes idoles d’enfance.

J’y rédige chaque semaine la rubrique « l’Empire de sciences », dont les chroniques ont été publiés dans plusieurs recueils : « Charlie ramène sa science » (avec Guillaume Lecointre), « L’empire des sciences », et « Charlie au Labo » (illustré par Faujour).

J’ai  noué une collaboration plus étroite avec certains dessinateurs,  en publiant des livres avec eux : avec Honoré (« La symphonie animale », sur les sons des animaux),  Tignous ( « Charlie saute sur les sectes », qui raconte nos aventures avec les gourous), Kamagurka (« Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain » sur le comportement humain), et Charb («  L’angoisse du morpion avant le coït » et « Eternuer dans le chou-fleur »,  sur le sexe et ses expressions à travers le monde). Avec Elsa Cayat, nous avons publié nos entretiens sur les enjeux psychiques de la sexualité dans « Le désir et la putain ».

En plus de l’écriture, je n’ai pas oublié mon intérêt pour le son et l’image. Je l’exprime en réalisant des reportages pour ARTE Radio, et en animant des émissions scientifiques pour RFI.
J’ai aussi écrit et réalisé plusieurs films sur la communication des animaux. Je suis co-auteur de la série « La symphonie animale (Arte), et pour la Cité des sciences ou le CNRS Images, j’ai réalisé de nombreux films sur les animaux  : chats et chiens (série « Les yeux dans la truffe »), morses  («  Bonjour les morses » , primé au festival du film d’aventures de Dijon et au festival du film de montagne d’Autrans), caïmans, oiseaux, baleines…

Malgré les apparences, il y a une cohérence dans ce parcours. Ce n’est pas un hasard si les deux thèmes que j’ai le plus traités sont le sexe et la communication. Au fond, il y là-dessous  le même enjeu  : le rapport à l’autre.
Et c’est dans la même continuité que s’inscrivent les thèmes que j’aborde  aujourd’hui dans ce film : sexe, religion, images et langage. Et ce n’est non plus un hasard, si ce sont les mêmes enjeux qui ont accompagné ma relation intime avec Charlie, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.

Antonio Fischetti

Je ne veux plus y aller maman